Englué dans une sale affaire d’arnaque à la cryptomonnaie et empressé d’endetter (encore !) son pays auprès du Fonds monétaire international, le président argentin nous donne chaque jour une nouvelle raison de désespérer du genre humain. Si seulement il était le seul… De quoi avoir la honte d’être un Homme, aurait probablement commenté Gilles Deleuze. En errant dans les rues de Buenos Aires comme une âme en peine.
Heureusement, il y a des choses légères dans la vie. Les détails et anecdotes insolites, qui prêtent à rire et donnent à sourire, en font partie. Quelqu’un voyageant pour la première fois en Argentine ne manquera pas d’en observer quelques-uns.
Alors je vous propose de lister 13 faits étonnants sur ce magnifique pays. C’est parti pour une pause détente.
⏳ Temps de lecture 12 minutes ⏳
Sommaire de l’article :
1/ Les Argentins viennent vous parler
« Avenant » est un mot qui est revenu souvent pour qualifier les Argentins lors de l’interview de mon neveu Thomas et de son pote Clovis qui ont découvert l’Argentine fin 2024.
Oui, en gros et en général (même s’il ne faut jamais généraliser), les Argentins apprécient l’échange et ont le goût d’aller vers l’autre.
C’est parfois superficiel et vous ne vous ferez pas forcément des amis à la pelle.
Mais, quand vous êtes d’un naturel plutôt timide, cela fait une sacrée différence.

Vous vous sentiez invisible ? Vous découvrirez que vous existez, que vous êtes intéressant et que vous pouvez avoir une vie sociale digne de ce nom.
2/ Les gens vivent la nuit
Lorsque j’explique à mes amis argentins qu’il est quasiment impossible de trouver une cuisine encore ouverte à Paris après 23 heures, ils sont généralement surpris.
Lorsque je leur raconte qu’après minuit la capitale française est quasiment une ville morte – et pour avoir vécu 10 ans entre la Place de la Nation et la Porte de Charenton, j’exagère à peine –, ils n’en croient pas leurs oreilles.
Il faut dire qu’ils sont habitués à vivre la nuit. Bars, restaurants, glaciers, mais aussi commerces au sens large ferment généralement bien plus tard qu’en France.
Il n’est pas rare, surtout le week-end, de voir des couples avec leurs enfants évoluer dans les espaces publics après minuit. Dans les parcs, les aires de jeux ne sont pas cadenassées une fois la nuit tombée.
3/ Le retard est une politesse
Si vous êtes ponctuel ou du genre à arriver systématiquement en avance à un rendez-vous, prévoyez de quoi vous distraire.
En effet, vous risquez d’attendre, car la personne que vous attendez arrivera très probablement avec au moins un quart d’heure de retard. Parfois, une demi-heure. Voire une heure. Sans forcément vous prévenir.
Il faut croire qu’arriver à l’heure convenue serait un sacrilège. Un aller simple pour l’enfer.
Cerise sur le gâteau, si vous vous plaignez du manque de ponctualité des locaux, vous pourriez vous faire taxer de « estructurado ». Littéralement, ça veut dire « structuré ». Mais, en réalité, il faut comprendre « psychorigide ». Ce qui n’est pas vraiment flatteur (euphémisme) dans un pays qui valorise la spontanéité.
Mais si vous êtes un adepte des transports en commun, pas de panique : les bus partent à l’heure.
4/ Des lave-linges, mais pas de lave-vaisselle
Mon neveu n’a pas seulement découvert l’art de vivre en Argentine. Il a aussi goûté à la joie de devoir faire la vaisselle à la main tous les jours. Il était un peu trop mal habitué, le bougre.
Ce point ne m’avait jamais vraiment marqué, car faire la vaisselle est une de mes passions inavouées.
Et pourtant c’est vrai : quasiment personne n’a un lave-vaisselle en Argentine. Cet appareil électroménager est un produit de luxe.
5/ Des laveries, mais pas de Lavomatic
Pour continuer dans le registre Messieurs Propre et Paic-Citron, vous constaterez aussi la quasi-absence de Lavomatic.
Ces lieux qui seraient propices aux rencontres impromptues, aux coups de foudre voire – si l’on en croit John Irving dans Le Monde selon Garp – aux assassinats sauvages sont absents du paysage argentin.
Si vous n’avez pas de lave-linge à domicile (ce qui est généralement le cas dans les appartements que je loue), il faudra remplir une poche de linge sale et vous rendre dans une laverie.

La lavandería (parfois lavandería-tintorería) est un commerce de proximité très habituel. En ville, vous n’aurez pas à marcher beaucoup pour en trouver un. Il en existe parfois plusieurs dans la même cuadra. Il suffit d’ouvrir Google maps, de taper « lavandería » et le tour est joué.
Le principe est simple : vous arrivez avec votre ligne sale et vous le remettez au commerçant.
Ce dernier contrôle la quantité, car le prix dépend de cela. En principe, les laveries appliquent un tarif forfaitaire, au panier (canasto), qui correspond grosso modo à la charge d’une machine ordinaire.
Puis, votre linge sera lavé et séché. Il sera plié, puis glissé dans une grande poche. Vous viendrez le récupérer à l’heure convenue au moment du dépôt.
6/ Peu de poisson et pas de canard
Les Argentins ont la réputation d’être des viandards. C’est indéniable. L’asado, repas traditionnel à base de grillades (généralement de bœuf), demeure une institution.
Mais, de plus en plus d’Argentins sont végétariens voire végans, et il est désormais aisé de trouver de quoi se restaurer quand on est un non-carnivore.
Ce qui étonne davantage c’est que le poisson est très peu prisé. Pourtant, l’océan Atlantique borde l’Argentine sur plus de 4 700 km, de la frontière avec l’Uruguay jusqu’à la Terre de Feu.
Certes, on trouve fréquemment :
- du filet de merlu (merluza), le plus souvent pané ;
- du poisson en boite (principalement, du thon) ;
- des calamars à la romaine (rabas).
De plus, à force de faire des kilomètres à pied à Buenos Aires, vous finirez bien par débusquer une poissonnerie. Mais, franchement, si vous aimez les produits de la mer, l’Argentine n’est pas la destination qu’il vous faut. Vous serez bien mieux servi au Chili (ah, le curanto !) ou au Pérou (ah, le ceviche !).
Tout aussi étonnant, certaines viandes sont introuvables. Le canard est l’exemple le plus manifeste. Honnêtement, vous avez plus de chance de trouver un restaurant qui vous servira du cochon d’Inde (cuy) qu’un établissement ayant mis du canard à sa carte.
Ne me demandez pas pourquoi : je risquerai d’atteindre bien rapidement mon niveau d’incompétence.

En tout cas, voilà une idée business pour un apprenti millionnaire à la recherche d’un nouvel El Dorado. Si vous lancez un élevage de canard en Argentine, vous n’aurez pas de concurrence.
Il faudra juste réussir à convaincre les Argentins de s’aventurer en terres gastronomiques inconnues. Bon courage !
7/ Des portions gargantuesques
Dans les restaurants traditionnels, prenez garde lorsque vous commandez un plat de résistance (plato principal).
Une viande (un morceau de bœuf ou une escalope milanaise) et sa garniture risquent d’être copieuses, voire très copieuses.

Cela n’est pas systématique, mais ça reste la norme.
Lors de mon premier voyage en Argentine, une amie étudiante m’avait invité à un asado chez elle. Son père qui travaillait pour Renault et avait effectué un voyage professionnel en France m’avait fait part de son étonnement devant la maigreur des portions qui lui étaient servies.
La norme, vous dis-je.
En Argentine, les restaurants ont à cœur que les clients ne repartent pas l’estomac vide.
C’est même parfois trop. Si bien qu’il est coutume de commander 1 plat pour 2 ou 2 plats pour 3.

Au moment de passer commande, je vous invite à demander au serveur si la « comida es abundante ». Au pire, si vous vous faites surprendre, vous pourrez repartir avec un doggy bag.
8/ Le goûter à l’heure du diner
Si vous avez l’habitude de prendre votre soupe et votre verveine à 19 h (voire – allez soyons fous ! – à 18 h 30, juste avant N’oubliez pas les paroles), sachez qu’en Argentine on est encore à l’heure du goûter.
Au programme de la merienda : une boisson chaude, un jus de fruits, un soda (gaseosa) voire une bière accompagnée d’une douceur sucrée ou, plus souvent, salée (du genre tostados et carlitos, des sandwichs chauds).
Ce n’est pas l’amour fou entre les Argentins et les Chiliens. Pourtant, ils partagent plusieurs choses. Et le goûter roboratif et tardif en fait partie. Au Chili, c’est même pire. Tomar las once (manière de désigner le goûter du côté de Santiago) peut tourner à l’orgie.
Le diner en Argentine ce sera pour bien plus tard. Souvent, pas avant 22 h.
9/ Le café avec un verre d’eau (gazeuse)
Lorsque vous commandez un café, n’oublier pas de préciser « negro » ou « cafe solo » si vous ne voulez pas vous retrouver avec un café au lait.
Mais, quel que soit le type de café, le bar le servira avec un verre d’eau. Généralement de l’eau gazeuse.


Lors d’une visite de quelques jours à Paris, Mariano, un ami argentin, est devenu expert pour demander, dans la langue de Molière : « un café avec un verdo ».
Habitué à carburer au café, il ne comprenait pas pourquoi les bistrots parisiens ne lui apportaient pas un verre d’eau pour accompagner la tasse.
Plutôt que de pester contre ce manque de savoir-vivre, Mariano s’est adapté et a fait des progrès fulgurants en français. Certes, on lui servait de l’eau plate et non de l’eau gazeuse. Mais, il s’est contenté de ce succès partiel.
10/ Des vendeurs et des distributeurs d’eau chaude
Réinventer l’eau chaude, certainement pas ! Mais, la vendre : oui, oh que oui.

Et pourquoi me direz-vous ?
La réponse vous sautera aux yeux une fois en Argentine : on consomme du mate chez soi et sur son lieu de travail, mais aussi dans les espaces publics, autrement dit dans la rue, dans les parcs et jardins, sur les places…
Pas de mate sans eau chaude. Et quand on est dans la rue, on a beau avoir amené son thermos, au bout d’un moment il est vidé.
L’achat d’eau chaude dans des kioscos et dans des distributeurs est le moyen de se procurer le précieux carburant sans lequel le mate ne serait rien.


11/ La valse des prix
Indéniablement, l’inflation a eu tendance à ralentir ces derniers mois en Argentine. On est bien loin de la situation qui prévalait en 2023 ou encore de l’hyperinflation sous la présidence de Raúl Alfonsín. Mais l’augmentation régulière des prix reste une réalité incontestable.
Pour vous donner un simple point de comparaison : dans le même commerce, la même empanada valait 200 ARS fin 2022 et 1 200 ARS fin 2024. Et pendant le même temps, les salaires n’ont pas été multipliés par 6. Cela va sans dire…
Et encore je n’ai pas pris l’exemple de l’explosion des prix des billets de bus dans les villes de l’intérieur de l’Argentine de fin 2023 à début 2025, car on aurait pu me reprocher de taper une nouvelle fois, gratuitement, sur le tronçonneur présidentiel.
Quand le peso argentin dégringolait par rapport à l’euro et au dollar à un rythme encore plus effréné que celui de l’inflation, le touriste ayant l’une de ces 2 devises étrangères dans les poches ne s’en rendait pas vraiment compte.
Désormais, tel n’est plus le cas. En cas de séjour prolongé, préparez-vous à perdre du pouvoir d’achat.
12/ Des salles de sport partout
Les résultats obtenus en sports collectifs ou individuels en sont un indice : les Argentines et les Argentins sont plutôt sportifs.
Plutôt qu’un moyen de compenser l’ingestion de sodas saturés de sucre (plusieurs concurrents disputent le trône au roi Coca-Cola), j’y vois une conséquence de la place importante accordée, dès le plus jeune âge, à l’éducation physique et sportive.
Dès lors, vous constaterez que les salles de sport (gimnasios) sont légion.


Comme les lavanderías, en ville, vous en trouvez partout. Comme les lavanderias, elles ouvrent tôt le matin et ferment tard le soir.
Bien souvent, vous les entendez avant de les voir. Pour rythmer les cours collectifs, ces enceintes crachent une musique tonitruante.
Pour certains, le sport est même une religion (comme l’indique les noms de ces 2 gimnasios) :


13/ L’élection des présidents de clubs de football
Voilà une réalité à laquelle certains pays européens sont habitués, mais pas la France. Dans leur immense majorité, les clubs de football argentins sont des associations civiles et leurs présidents et vice-présidents sont élus par les membres (socios).
Et quand on parle de membres, il n’est pas question de l’amicale bouliste de Trifouilly-les-Oies. En janvier 2025, l’Asociación del Fútbol Argentino (AFA) a communiqué la liste des 10 clubs ayant le plus grand nombre de membres :
- River Plate | 351 487
- Boca Juniors | 323 586
- Independiente | 146 570
- Rosario Central | 96 297
- San Lorenzo | 89 717
- Racing Club | 86 289
- Newell’s Old Boys | 83 040
- Talleres | 74 262
- Vélez Sarsfield | 72 889
- Belgrano | 65 139
Et ces élections ne sont pas une petite affaire. L’Argentine est un pays où la politique est vécue avec une passion footballistique et où le football l’est avec la ferveur d’un engagement politique.
Fin 2023, les Argentins croyaient en avoir fini avec les élections, mais c’était sans compter l’organisation du vote pour la présidence de Boca Juniors.
Juan Román Riquelme – idole absolue de Boca Juniors, même devant Diego Maradona –, vice-président sortant, briguait la présidence.

Face à lui, Andrés Ibarra dont le colistier était Mauricio Macri, ancien président de Boca et de l’Argentine, soutenu par Javier Milei, actuel président de la République.
Extrêmement médiatisée, cette sorte de 4e tour de l’élection présidentielle s’est soldée par l’écrasante victoire de Riquelme. Ce dernier obtint 30 318 des 46 402 suffrages exprimés. Lui et ses partisans étaient fous de joie :
En conclusion
Cette liste n’attend qu’une chose : s’allonger.
Alors, n’hésitez pas à partager en commentaire ce qui vous a le plus surpris lors de votre séjour en Argentine.
Un mot sur l’auteur





Très bel article. Tous ces points sont bien évidemment vrais, mais le mieux est de les découvrir par vous-même et de découvrir ce magnifique pays 🤩
Bonjour Thomas,
Merci pour ce commentaire.
Oui, le mieux est de venir en Argentine.