Ils étaient 500 chanceux, tirés au sort parmi plus de 25 000 inscrits.
Pour la première fois, du jeudi 1er mai au dimanche 4 mai 2025, le grand public a pu accéder au mirador de l’Obélisque de Buenos Aires.
Récemment mis en service, un ascenseur conduit au sommet. En 55 secondes top chrono.
Alors que l’Obelisco s’apprête à fêter ses 89 ans, cette innovation est l’occasion de rendre hommage au monument le plus célèbre de la capitale argentine, érigé au cœur du quartier de San Nicolás.
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Pas le temps de tout lire ? Voici les infos à retenir :
- L’Obélisque, monument emblématique de Buenoes Aires, culmine à 67,5 m.
- Initialement objet de controverses et de moqueries, l’Obelisco est désormais un point de ralliemment incontournable, notamment lors de célébrations collectives.
- Désormais doté d’un mirador accessible au moyen d’un ascenseur, l’intérieur de l’Obelisco a commencé à accueillir du public. À compter du 1ernovembre 2025, l’accès est ouvert tous les jours, sur réservation.
Besoin d’explications complémentaires ? Voici ce que propose cet article :
Un peu d’histoire : pourquoi l’Obélisque a-t-il été construit ?
L’obélisque de Buenos Aires a été inauguré en 1936 pour marquer une occasion particulière : le quatrième centenaire de la première fondation de la ville.
En effet, c’est le 2 février 1536 que l’espagnol Don Pedro de Mendoza la fonda sous le nom de « Ciudad de la Santísima Trinidad y Puerto de Santa María del Buen Ayre ».

Dans l’entre-deux-guerres, la métropole cherchait à se moderniser tout en célébrant son passé riche et complexe. L’idée n’était pas seulement de créer un joli monument, mais de donner un symbole durable aux porteños, les habitants de Buenos Aires.
Cet ouvrage représente bien plus qu’un hommage à la longévité de la ville ; il symbolise également son ambition d’être reconnue internationalement. La capitale argentine voulait être vue comme une grande métropole moderne, au même titre que Paris ou New York. L’obélisque avait pour objectif de projeter cette image ambitieuse.
Quelle est la hauteur de l’Obélisque de Buenos Aires ?
Avant toute chose, répondons à une question récurrente sur la taille du monument.
La hauteur de l’Obelisco de Buenos Aires est de 67,5 mètres, pour un poids de 170 tonnes.

Par ailleurs, sa structure de forme trapézoïdale est dotée d’une base carrée de 6,8 mètres de côté (contre 3,5 mètres de côté une fois au sommet).
Conception et construction : quelques faits intéressants
Alberto Prebisch, architecte argentin influent, fut choisi pour réaliser cet édifice emblématique. Il s’élève fièrement sur la Plaza de la República, souvent appelée place de l’obélisque.
Situé au croisement de trois avenues prestigieuses – l’avenue Corrientes, l’avenue 9 de Julio et l’avenue Presidente Roque Sáenz Peña (également appelée Diagonal Norte) –, son emplacement central reflète son rôle pivot dans la vie culturelle et sociale de la ville.

D’ailleurs, si vous vous promenez un jour dans le centre de Buenos Aires, il vous sera impossible de passer à côté de ce monument.
Une construction express et meurtrière
Fait remarquable : la construction de l’Obelisco n’a pris que 31 jours. Un exploit de rapidité, même selon les normes actuelles.
Les travaux ont été confiés à l’entreprise allemande G.E.O.P.E. – Siemens Bauunion – Grün & Bilfinger. 157 ouvriers ont participé au chantier, employant 680 m3 de ciment. Malheureusement, l’un d’entre eux, José Cosentino, est mort des suites d’une chute.
Les matériaux utilisés
Le béton armé recouvert de pierres calcaires conçues spécialement pour l’obélisque a montré sa capacité à résister à l’épreuve du temps.
Ces matières ont été choisies autant pour leur robustesse que pour leur effet esthétique. La structure se distingue par son design épuré et son élégance intemporelle. Finalement, la simplicité du matériau semble avoir renforcé la grandeur du monument.
L’Obelisco de Buenos Aires : des débuts controversés
Tous les habitants de Buenos Aires n’étaient pas enchantés par cette course au modernisme. Dès sa création, à l’instar de la tour Eiffel, l’œuvre a suscité des critiques et controverses.
Inauguré le 23 mai 1936 en présence du président de la République Agustín P. Justo, l’édifice a reçu un accueil glacial. Certains voyaient alors l’Obélisque comme un symbole ostentatoire dépourvu de praticité. Un temps, il fut qualifié de « machin absurde » (armatoste sin sentido).

En 1939, le Conseil délibérant de Buenos Aires a adopté une loi visant à le démolir. Fondé sur des préoccupations économiques et esthétiques, tirant prétexte de la chute de morceaux de béton le 21 juin 1938, le texte fut approuvé par 23 voix contre 3. Une large majorité montrant que le monument ne faisait pas l’unanimité aux yeux des autorités locales.
Cependant, cette démolition fut évitée grâce au veto du maire Arturo Goyeneche. Il refusa de promulguer la loi, arguant que l’Obélisque se trouvait sous juridiction nationale et que la ville n’était pas compétente pour décider de son sort.
Importance de l’Obélisque : un acteur majeur de la vie locale
Malgré les controverses ayant émaillé ses premières années, avec le temps, l’Obelisco est devenu le monument historique le plus reconnaissable de Buenos Aires.
Plaza de la República : le cœur de Buenos Aires
N’importe quelle discussion sur l’obélisque serait incomplète sans mentionner son cadre : la Plaza de la República. Ce lieu est essentiel dans le tissu urbain de Buenos Aires.

Il joue un rôle central dans la vie quotidienne comme dans les grands événements collectifs : manifestations politiques, festivités nationales et internationales, concerts en plein air, mais aussi et surtout rassemblements massifs lors des victoires sportives. Tel fut le cas lorsque l’Argentine a décroché sa troisième étoile en remportant la Coupe du monde de football 2022.
En outre, l’accès au site est très facile :
- par la route (notamment, l’avenue 9 de Julio et sa dizaine de voies de circulation) ;
- par le métro (via les stations des lignes B, C et D du SUBTE situées à proximité) ;
- par le bus (sachant que le Metrobus, système de transport en commun circulant sur des voies réservées, passe de part et d’autre de l’Obélisque).
Voilà certainement aussi l’une des raisons pour lesquelles la place a rassemblé plusieurs fois des foules immenses au fil des décennies.
L’attachement des porteños à leur obélisque : de simples touristes aux fervents citoyens
En dépit de ses débuts mitigés et des multiples discussions autour de son utilité, l’Obélisque a conquis peu à peu le cœur des locaux. Même si mon amie Nadia – peu convaincue par ce grand phallus qu’elle juge aussi laid qu’insignifiant – fait de la résistance.
Des générations entières ont associé leurs histoires personnelles avec celle de ce monument. Tantôt observateur silencieux de l’affluence des voitures sur l’avenue Corrientes, tantôt spectateur lumineux lors de manifestations joyeuses, cet édifice soutient les porteños dans leurs activités quotidiennes.
Qui connaît Buenos Aires sait que ce monument est un point de ralliement iconique. On entend souvent dire « Retrouvons-nous à l’obélisque » : phrase commune parmi les habitants lorsqu’il s’agit de fixer un rendez-vous.

Il se présente ainsi non seulement comme le meilleur point de rencontre, mais aussi comme un moyen infaillible de maintenir vivant l’esprit communautaire propre à Buenos Aires.
Pour preuve de son importance dans l’imaginaire individuel et collectif, voici une anecdote parmi tant d’autres : une amie – dont je tairais le nom – y a organisé les retrouvailles entre son père et sa demi-sœur issue d’une union extra-conjugale.
L’Obélisque : un outil de sensibilisation et de commémoration
En raison de son rôle désormais incontesté, l’Obélisque de Buenos Aires est devenu un lieu de mémoire. Les inscriptions gravées sur ses 4 faces en témoignent :
- Nord : « Sur ce site, dans la tour de San Nicolás, le drapeau national fut hissé pour la première fois dans la ville. Le 23 août 1812. »

- Ouest : « Capitale fédérale. Loi votée par le Congrès National le 20 septembre 1880 à l’initiative du président Nicolás Avellaneda. Décret du Président Julio A. Roca. Le 6 décembre 1880. »
- Sud : « Deuxième fondation par Juan de Garay. Le 11 juin 1580. »
- Est : « Buenos Aires à la République. À l’occasion du IVe centenaire de la fondation de la ville par Don Pedro de Mendoza. Le 2 février 1536. »
Par ailleurs, l’Obelisco est régulièrement mis à contribution dans le cadre de campagnes de sensibilisation. L’événement le plus marquant est survenu en 2005. Dans le cadre d’une action de prévention du VIH Sida, le monument a été recouvert d’un préservatif géant.

Désormais, son éclairage LED est mis à contribution. L’Obélisque se pare de rose pour participer à la lutte contre le cancer ou se couvre d’un arc-en-ciel pour promouvoir une société diverse et plurielle à l’occasion des marches de la Fierté (Gay Pride). L’obélisque s’adapte aisément à chaque temps fort de la vie sociale.
Le décès du Pape François l’a encore montré tout récemment. Des photos et des paroles du premier souverain pontife argentin de l’histoire ont été projetées sur l’Obelisco.

L’Obélisque aujourd’hui et demain
Conscientes de la nécessité de maintenir et rehausser l’attrait de l’Obelisco auprès des habitants et visiteurs, les autorités prennent des mesures pour le mettre en valeur.
De fréquentes rénovations et innovations
Comme on l’a vu, un système d’éclairage LED intelligent de l’Obélisque permet de changer régulièrement les couleurs de l’illumination nocturne. Les formes dansantes et changeantes offertes par les projecteurs permettent de raconter différentes histoires.

Par ailleurs, depuis 1987, l’Obelisco a été entouré de grilles. La décision a été prise afin de préserver le monument contre les graffitis et autres actes de vandalisme.

Régulièrement, l’édifice est repeint. La dernière intervention en ce sens a été réalisée en 2021 : plus de 300 litres de peinture ont été utilisés pour lui redonner de l’éclat.
L’ouverture du mirador au grand public
Avant la mise en service d’un ascenseur, seulement quelques personnes, triées sur le volet, pouvaient franchir, de temps à autre, l’unique porte d’entrée de l’Obélisque.
Il fallait emprunter 206 marches d’un escalier raide et étroit pour parvenir au sommet. De fait, l’intérieur du monument et les quatre fenêtres du mirador étaient inaccessibles au grand public.

La création de l’ascenseur a changé la donne. Compte tenu de l’étroitesse de l’Obélisque, seulement 4 personnes peuvent y entrer simultanément. S’il reste 35 marches à gravir entre la sortie de l’ascenseur et le sommet, le gros quart d’heure de grimpette depuis la base est de l’histoire ancienne.
Les 500 personnes accueillies lors du premier week-end de mai 2025 en appellaient d’autres. Par la suite, de nouvelles journées de visites gratuites ont été organisées avec des dates et modalités d’inscription communiquées sur le compte Instagram Buenos Aires Participación Ciudadana.
Il restait à sécuriser l’accès au bâtiment et à fixer les prix d’entrée pour que la Ente de Turismo (ENTUR), institution chargée de la gestion de l’Obelisco, puisse déléguer l’exploitation à un prestataire.
C’est chose faite : à compter du 1er novembre 2025, l’Obelisco accueille du public tous les jours de 9 h à 17 h, sur réservation.
Les billets s’achètent en ligne ou dans des stands situés à l’intersection de l’Avenida Diagonal Norte et de l’Avenida 9 de Julio.
Prix pour les touristes étrangers : 36 000 ARS (18 000 ARS pour les 4 à 11 ans | Gratuit si – de 4 ans).
Durée de l’expérience : 20 min.
Pour des raisons techniques et de sécurité, le mirador n’est pas accesible aux personnes en fauteuil roulant ou à mobilité réduite.
En conclusion
Et vous qu’avez-vous pensé de l’Obélisque de Buenos Aires lors de votre visite de la capitale ? Avez‑vous une anecdote à partager ?
N’hésitez pas à le faire savoir en commentaire !
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